Invictus

[…]
It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate:
I am the captain of my soul.
Invictus c’est l’histoire d’un choc, d’un crunch entre deux peuples que tout a opposé pendant des décennies et qui maintenant doivent cohabiter. C’est aussi la rencontre de deux hommes, qui ensemble ont su sublimer une équipe en qui personne ne croyait, et fédérer une nation.
La différence entre un simple fait et un évènement historique ne peut tenir qu’à un fil, un drop, une victoire – à une intoxication diront les mauvaises langues. Mais en cette année 1995, l’équipe des Springboks, et à travers elle tout un pays, avait rendez-vous avec son destin, et personne ne pouvait les arrêter.
Clint Eastwood est un excellent conteur. Toutes les histoires qu’il nous chuchotent nous touchent au plus profond de notre être, que cela évoque le destin d’une femme dans Million Dollar Baby ou celui de tout un peuple dans Invictus. Mais sans acteur pour l’interpréter, toute histoire aussi belle qu’elle soit ne peut vivre. Et le réalisateur sait, bien entendu, merveilleusement s’entourer. Après avoir vu Invictus il est difficile d’imaginer quelqu’un d’autre que Morgan Freeman pour interpréter Nelson Mandela, tant la performance est bonne. De l’accent à la démarche tout est juste et nous fait ressentir la douleur, la volonté et la force de caractère d’un homme qui a passé vingt-sept ans de sa vie en prison et qui, malgré tout, sait pardonner.
L’affiche montre Matt Damon – qui interprète le capitaine des Boks François Pienaar – dans l’ombre de Morgan Freeman. Doit-on y voir un avertissement ? Car si la performance du jeune acteur est très bonne, elle souffre nettement de la comparaison avec celle de son aîné. Enfin cela ne dessert en rien le film qui nous plonge corps et âme dans le destin de l’Afrique du Sud au sortir de l’apartheid. Un pays qui oscille entre paranoïa et peur de l’autre mais que Nelson Mandela va habilement emmener à vivre ensemble par la tolérance, la compréhension et le pardon. Ici le réalisateur a choisi de ne se concentrer que sur le côté médiatique et agréable des évènements, passant sous silence les points polémiques. Un parti pris assumé mais qui peut être discuté.
Les images, quant à elles, n’ont pas tout à fait la maîtrise des autres œuvres de Clint Eastwood, mais restent quand même de très bonne facture, notamment les quelques scènes de rugby – à condition de ne pas relever les quelques incohérences assez grossières – qui mettent en exergue un très beau sport, viril mais correct. Tout juste peut-on regretter la fin, un poil too much niveau effets.
Clint Eastwood ne cesse d’impressionner de par la justesse de ses œuvres. Il nous livre avec Invictus un témoignage émouvant sur la réconciliation d’un peuple grâce au dévouement d’un grand homme qui par son action d’hier et d’aujourd’hui respire l’humanité.



Commentaires
Tout de même, des éléments de déception.
Un Matt Damon transparent, timoré dans le rôle de F. Pienaar, alors que celui-ci était un vrai boucher.
Et que dire des trop légers passages montrant la ferveur populaire autour de l'évènement.
Finalement, seul Morgan Freeman, valeur sûre, se dégage dans cette réalisation trop imparfaite.
Invictus est un court poème de l'écrivain William Ernest Henley qui fut cité à de très nombreuses reprises dans la culture populaire et qui contribua à le rendre célèbre. C'est le poème préféré de Nelson Mandela. Il est notamment repris dans le film Invictus de Clint Eastwood.
Le titre latin signifie « invaincu, dont on ne triomphe pas, invincible »[1] et se fonde sur la propre expérience de l'auteur puisque ce poème fut écrit en 1875 sur son lit d'hôpital, suite à son amputation du pied. À l’origine, ce poème ne possédait pas de titre, celui-ci fut ajouté par Arthur Quiller-Couch en 1900.
William Henley disait lui-même que ce poème était une démonstration de sa résistance à la douleur consécutive à son amputation.
Depuis l'obscurité qui m'envahit,
Noire comme le royaume de l'enfer,
Je remercie les dieux quels qu'ils soient
Pour mon âme indomptable.
Dans l'étreinte féroce des circonstances,
Je n'ai ni bronché ni pleuré
Sous les coups de l'adversité.
Mon esprit est ensanglanté mais inflexible.
Au-delà de ce monde de colère et de larmes,
Ne se profile que l'horreur de la nuit.
Et pourtant face à la grande menace
Je me trouve et je reste sans peur.
Peu importe combien le voyage sera dur,
Et combien la liste des châtiments sera lourde,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.