« Faites danser la main ! » « Une fois que vous avez bien regardé vos montagnes, que vous êtes sûres que tout est là, regardez devant vous ! » Ordonne, en se palpant la poitrine, Leila Haddad, à ses stagiaires d’un jour. Une complicité toute féminine. Pas de discours superflus.
On a qu’une heure, on est là pour danser.

La danse orientale est un art.

On est très loin de la danse du ventre, loin des fêtes de familles puis des cabarets où les filles "perdent leur âme" à trop devoir séduire les hommes. La danse de Leila Haddad n’est pas simple séduction, elle est une auto-séduction. La chorégraphe a la ferme intention d'imposer son art dans les théâtres, ses "temples modernes". Elle voudrait que tout un chacun les fréquente. D'ailleurs, elle le rappelle, la danse orientale est accessible à tous, "des paysans à l'élite". Tout le monde arabe danse et écoute la même musique, indépendamment du milieu social et de l'âge.

En féministe iconoclaste, Leila Haddad fait aussi danser les hommes. « En France, il n’est pas dans les mœurs qu’un garçon fasse de la danse. J’ai dansé dans de nombreux pays et aux États-Unis, par exemple, il y a autant de danseuses que de danseurs. En Jordanie, en Syrie, en Égypte, en Libye, les garçons dansent ! » Affirme-t-elle. Elle se revendique "« fille du monde» " et cultive son accent tunisien. Elle est de partout et de nul part mais veut " «faire partager sa culture» ".

Elle nous raconte l’époque à laquelle les légionnaires de Bonaparte fréquentaient les bordels égyptiens: « L’Eglise interdisait la danse dont elle considérait qu’elle relevait du démon. Les pieds nus étaient considérés comme aphro-disiaques. On a donc fait danser les filles en tenue orientale avec des chaussures parisiennes. […] Les généraux ont été voir Mehmed Ali et lui ont expliqué qu’ils n’arrivaient plus à tenir leurs soldats à cause des spectacles de rue. Mehmed Ali a essayé de les interdire. Plus de 400 danseuses ont été tuées et les autres ont été envoyées vers le Caire, vers la Haute Egypte. »
Une histoire violente pour une artiste à fleur de peau.

Son spectacle, Zikrayat (la mémoire), est un hommage à la diva égyptienne Om Kalsoum, dont la voix raisonne dans tout le monde arabe. « Parmi les Arabes qui se sont mis d’accord pour ne pas être d’accord, Om Kalsoum fait l’unanimité ». Une œuvre poétique qui tranche avec les spectacles politiques de Leila Haddad, avec son expérience théâtrale londonienne contre le racisme et l’apartheid. « Je danse contre tous les préjugés par rapport à ma culture ». Demandez-lui si elle a elle-même dansé dans des cabarets, la chorégraphe s’emporte ; « On vous propose n’importe quelle somme pour vous faire danser dans des grands hôtels ! Jamais je n’accepterai, même pour les sommes les plus folles ! J’ai commencé avec le théâtre et je mourrai sur scène ! ».

 Le deuxième spectacle de la saison de la Comédie de Clermont est celui d’un engagement flamboyant. On en attend pas moins du troisième (Jules César mis en scène par Arthur Nauziciel les jeudi 5 et vendredi 6 novembre à la Maison de la Culture)...